
Un stade, la salle des conférences et deux églises d'Amsterdam : où figurent les noms ukrainiens au programme du 30e ADE
L'affiche du plus grand lieu de la semaine tient en huit noms. Combien d'entre eux sont ukrainiens — et pourquoi l'une des Ukrainiennes y vient non pas en invitée, mais en hôtesse de sa propre soirée.
Miss Monique est la seule des douze Ukrainiens du programme à venir à l'ADE avec son propre label et sa propre affiche
L'Amsterdam Dance Event fête cette année ses trente ans. Du 21 au 25 octobre, Amsterdam livre de nouveau la ville entière à la musique électronique : les organisateurs annoncent plus de trois mille trois cents artistes, plus de mille deux cents événements et plus de deux cents lieux en cinq jours et cinq nuits.
Début septembre, environ quarante-cinq pour cent du programme sont dévoilés : mille cinq cents noms sur les plus de trois mille annoncés. Nous avons parcouru cette partie déjà rendue publique pour compter les noms ukrainiens qui s'y trouvent et repérer où ils figurent exactement. Il y en a douze — et loin d'être tous en club. C'est le trajet que nous avions déjà décrit en racontant comment l'électronique ukrainienne est passée en trente-cinq ans des squats à Coachella.
Huit noms au stade
Le jubilé se conclut avec l'AMF à la Johan Cruijff ArenA — un stade de football, le plus grand lieu de tout le programme. Samedi 24 octobre, de vingt et une heures à cinq heures du matin. L'affiche tient en exactement huit noms : Afrojack, Amelie Lens, Armin van Buuren, ARTBAT, D-Block & S-te-Fan, David Guetta, Korolova et Marlon Hoffstadt.
Deux de ces huit sont ukrainiens. La biographie d'ARTBAT sur le site de l'ADE le dit simplement : le duo a été formé par deux DJ et producteurs chevronnés de Kyiv. Korolova, sur la même page, est présentée comme DJ et productrice de Kyiv, et elle figurait déjà dans la toute première vague d'annonces, celle où l'ADE dévoilait les deux cent cinquante premiers noms de l'ensemble du programme. L'an dernier, ce même pays figurait dans la liste des cultures par lesquelles Hï Ibiza décrivait sa saison.
L'Ukrainienne qui vient en hôtesse
Miss Monique est la seule des douze à ne pas venir à l'ADE en invitée de la soirée d'un autre. Le jeudi 22 octobre, de dix-sept heures à vingt-deux heures trente, Het Sieraad accueille le showcase de son propre label, Siona Records. Le plateau compte dix noms, et elle y est la seule Ukrainienne : des Italiens, des Britanniques, des Français, un Israélien et des Allemands. Autrement dit, l'affiche de cette soirée internationale, c'est elle qui la compose.
« Fondé en 2019, Siona est passé d'un tremplin pour débutants à l'un des labels de référence de la progressive house et de la techno mélodique », peut-on lire dans la présentation du showcase sur le site de l'ADE.
Le lendemain soir, elle joue une seconde fois, sur la programmation de nuit de DGTL au NDSM Warehouse, de vingt-trois heures trente à six heures trente du matin, aux côtés de Joris Voorn, Kevin de Vries et NTO. Deux apparitions en une semaine : autant que Nastia, et plus que n'importe qui d'autre parmi les douze Ukrainiens. Pour situer : dans une saison dont nous avons décortiqué l'économie dans un autre article, deux créneaux sur la semaine de l'ADE, ce n'est déjà plus la même catégorie qu'une date isolée.
Pas seulement le dancefloor : les Ukrainiens à la conférence
La partie conférence, ADE Pro, se tient à Felix Meritis : c'est la moitié du festival où se prennent les décisions et où se fixe l'ordre du jour de l'industrie. Nastia y intervient le vendredi, sur un panel intitulé « Nastia meets Thys (Noisia): Underground Forever » — son nom figure donc dans l'intitulé même de la conversation. En face d'elle, Thijs de Vlieger, de Noisia. L'ADE n'a pas encore annoncé l'horaire exact.
La veille, un autre panel accueille Garik Pledov — pas un musicien, mais le fondateur du festival Brudnyi Pes et du label Polygon Records. La conversation s'intitule « Le financement sous le feu : comment les scènes survivent quand les systèmes ne fonctionnent plus ». À ses côtés, Tala Mortada, du Liban ; la modération est assurée par Tom Frost, de Crack Magazine. Sur la façon dont les festivals ukrainiens tiennent sans financement structurel, nous avons écrit à propos de Brave! Factory, qui en est à sa septième année consécutive.
« Les intervenants citent l'exemple de Kyiv, où les équipes de festivals fédèrent les artistes autour de grandes campagnes de collecte de fonds tout en bâtissant la confiance grâce à des curateurs de communautés de niche », indique la présentation du panel sur le site de l'ADE. Suivent, dans la même énumération, Ramallah et Beyrouth.
L'église où l'on n'a pas le droit de parler
Du 23 au 25 octobre, l'église de Thomaskerk devient pour trois jours le théâtre du rituel ambient ZERØBPM. Trente-trois heures de son, trente-deux artistes, une seule salle et trois « maîtres de méditation » qui tiennent le silence seize heures et demie d'affilée. Les organisateurs ont résumé le règlement en trois lignes : ne pas parler, ne pas sortir son téléphone, ne pas boire. La journée du vendredi se referme sur Nastia, de vingt-deux heures trente à minuit.
La seconde église, c'est la Westerkerk, et c'est là que se trouve, le 21 octobre à dix-sept heures, le seul nom ukrainien de la journée d'ouverture. L'ADE a accolé un drapeau turc à Charmeine, mais la biographie, sur cette même page, dit autre chose : « Charmeine, DJ stambouliote et ukrainienne ». Elle joue dans le programme SONA, aux côtés de Néerlandais et d'un Danois.
Entrepôts, clubs et trente heures d'affilée
La journée la plus dense, c'est le vendredi. Daria Kolosova, que l'ADE présente comme native de Loutouhyne, dans la région de Louhansk, signe la nuit du Thuishaven, de vingt-trois heures à six heures du matin : un lieu planté au milieu d'une zone industrielle, entre pétroliers et casses de ferraille. Le même soir, E.Lina joue au Lofi jusqu'à huit heures du matin, et le lendemain Daisy Weweh entre dans le programme de jour de RAWFACTORY, aux côtés de Gerd Janson, Tiga et WhoMadeWho.
Lola Palmer, que l'ADE présente comme DJ, productrice et chanteuse ukrainienne, joue le samedi au Yellow House avec Cinthie, Steve Bug et Mathias Kaden. Et deux noms referment le festival : Kirilski, à la cérémonie de clôture gratuite du Panama — six heures et deux scènes de disco, house, UK garage et techno ; et Noizar, dans le marathon de trente heures du Garage Noord. Trente heures pour les trente ans : le choix est délibéré, les organisateurs écrivent qu'ils ont été partie prenante de cette histoire sur la moitié du chemin.
Ceux qui manquent au programme
Le site de l'ADE associe le drapeau ukrainien à davantage d'artistes qu'il n'y en a sur scène cette année. Etapp Kyle, Woo York, Stanislav Tolkachev ont chacun une fiche marquée Ukraine — et aucun événement en 2026. Manquent aussi deux choses présentes l'an dernier : le concept Captive Soul, avec lequel Korolova jouait au Panama lors de l'ADE 2025, et la soirée de label Upperground d'ARTBAT. En revanche, plus de la moitié du programme reste à annoncer : la liste peut donc encore s'allonger. L'automne est de toute façon chargé en anniversaires : Resident Advisor fête ses vingt-cinq ans avec une tournée dans dix villes.
Ce qui distingue cette édition des précédentes
L'ADE a mis les formes pour son jubilé. C'est Jean-Michel Jarre qui l'ouvre, avec un concert immersif pour les cinquante ans de l'album Oxygène, et il monte séparément sur la scène de la conférence pour un échange avec Lady Starlight. Une nouvelle ligne traverse tout le programme, l'Icon Series : des événements choisis pour montrer l'héritage de la scène. Et avec le bureau d'études VibeLab, le festival lance le Nighttime Culture Index — une mesure de la « vitalité culturelle de la nuit » menée simultanément à Amsterdam, Lagos, New York, São Paulo, Séoul et Sydney. Ce genre de relevé a déjà déplacé le débat sur la scène : une étude berlinoise a montré que le bar ne fait plus vivre le club.
Autre ligne du jubilé : la sortie hors du club. Het Nationale Ballet et ISH présentent un « Lac des cygnes » réécrit pour l'ADE ; Boris Acket signe l'installation EINDER ; des concerts sous dôme se tiennent au planétarium d'ARTIS et à la Fabrique des Lumières, et le nouvel aquarium d'ARTIS accueille le système spatialisé 4DSOUND.
Qu'est-ce que l'ADE ?
La semaine où Amsterdam livre la ville entière à la musique électronique : le jour, la conférence de l'industrie ; le soir et la nuit, les concerts et les fêtes, dans des centaines de lieux. La première édition s'est tenue en 1996.
Pourquoi cette édition est-elle particulière ?
C'est la trentième. Le festival a marqué le coup avec une ligne d'événements dédiée, l'Icon Series, une ouverture signée Jean-Michel Jarre et sa propre étude sur l'état de la culture nocturne dans six villes du monde.
Comment accéder à la conférence ?
Uniquement avec un pass ADE Pro valable tous les jours : les organisateurs ne vendent ni billet à la journée ni billet « conférence seule ». Les billets pour les événements du festival sont vendus séparément par les organisateurs de chaque événement.
Comment avons-nous compté les Ukrainiens ?
Nous sommes partis du drapeau indiqué sur le site de l'ADE, puis nous avons confirmé l'origine par une seconde source : la biographie de l'artiste, la page de son agence ou un profil officiel. Les noms marqués mais non confirmés ne figurent pas dans la liste.
La liste est-elle définitive ?
Non. Début septembre, environ quarante-cinq pour cent du programme sont dévoilés, et les prochaines vagues d'annonces peuvent encore y ajouter des noms ukrainiens.
En trente ans, l'ADE est passé du rendez-vous professionnel à la semaine où une ville entière prend la mesure de l'état de la musique électronique. Douze noms ukrainiens dans cette mesure, ce n'est plus un quota d'invités : l'une compose l'affiche d'une soirée internationale, deux montent là où se fixe l'ordre du jour de l'industrie, une autre referme une journée dans une église où il est interdit de parler. Le reste du programme sera annoncé d'ici octobre — et cette liste va très probablement encore s'allonger.









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